Marie Chauché: une surfeuse entre sagesse et audace

Marie Chauché: une surfeuse entre sagesse et audace

Portrait inspirant:

Aujourd’hui, nous rencontrons Marie Chauché, une jeune surfeuse de 21 ans, double championne de France (2016 et 2018) de longboard. Elle possède également quatre titres en sauvetage côtier et mène en parallèle des études à Sciences Po Bordeaux. Marie, c’est un peu une amoureuse des plaisirs simples de la vie.

Malgré son jeune âge j’ai été frappée par son recul à propos des stéréotypes que le surf peut véhiculer sur les femmes. Avec Marie, on a parlé de la place de la surfeuse et de son image auprès du grand public. Du secteur de la compétition sportive et des difficultés qu’engendrent le système de sponsoring. Du fait qu’au-delà du monde très instagrammable et « slowlife » que le surf incarne, il est aussi une industrie à part entière. Rencontre avec une jeune femme authentique, pleine d’énergie, qui rêve de voyages, de vagues et de partage.

Peux-tu nous raconter un petit peu ton parcours, d’où viens-tu ?

Je suis du pays basque, d’Anglet. J’ai appris à surfer assez jeune car mon parrain a un surf camp au Maroc et mon père est photographe de surf. Au début j’en faisais surtout l’été et plus tard, vers mes 12 ans, je m’y suis mise plus sérieusement. J’ai eu un déclic, j’adorais ça. J’ai toujours été très sportive. Plus jeune j’étais un petit peu « garçon manqué », je courrais tout le temps dans la cour d’école, j’ai fait du rugby et je me suis mise au sauvetage côtier à l’adolescence.

L’avantage du pays basque est qu’on a un terrain de jeu infini entre l’océan et la montagne. J’ai vraiment été éduquée dans le ce cadre-là. On passait notre temps à faire des randonnées en montagne, des bivouacs ou à l’eau avec les copains après les cours. C’est un peu comme ça que je suis arrivée à la compétition, en surf et en sauvetage en même temps, vers mes 15 ans.

Je fais du longboard et en sauvetage, du beachflag. C’est une discipline dans laquelle on doit courir sur le sable un peu sur le principe des chaises musicales. On est allongés sur le sable et au « top » on doit se retourner et sprinter pour récupérer un bâton jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un par élimination. Ça a toujours été la dimension fun du sport qui me plaisait, plus que la performance. Ce sont des sports moins médiatisés, avec moins d’enjeux et la bonne ambiance y est encore préservée.

Tu fais des études en même temps, comment ça se passe ?

Au lycée j’étais dans une classe à option sport surf. Il y avait une super dynamique, on avait deux après-midis par semaine pour aller surfer. Depuis trois ans je suis à Sciences Po Bordeaux. J’ai eu l’occasion d’aller faire un Erasmus aux Canaries l’an dernier. J’essaie de concilier au mieux le sport et les études.

Et donc, comment arrive-t-on à s’organiser pour mener de front la vie de surfeuse et d’étudiante ?

Justement c’est beaucoup d’organisation, c’est le maître mot ! Mon année de terminale a été très chargée. Je faisais des compétitions dans les deux disciplines. Je préparais le concours d’entrée à Sciences Po plus le bac et je passais mon BAFA en parallèle. Il faut beaucoup de motivation pour y arriver et que ce ne soit pas que de l’effort mais aussi et surtout du plaisir.

En sortant des cours je vais surfer pour me ressourcer et lorsque j’ai trop de courbatures j’en profite aussi pour travailler un peu plus. Je fais en sorte d’être efficace en fonctionnant avec des plages horaires. Je sais que j’ai tant d’heures pour travailler donc j’essaie d’être productive. Aujourd’hui, avec le COVID-19, on a moins de compétitions, du coup je surfe plus pour le plaisir mais j’ai dû ralentir un peu le rythme. Je vois cette vie comme une ouverture dans laquelle je m’épanouis. Je m’entraine moins mais quand je surfe je me sens vraiment privilégiée désormais.

« Ça a toujours été la dimension fun du sport qui me plaisait, plus que la performance »

J’ai été marquée par la vidéo (https://zh-cn.facebook.com/FFSurf/videos/1185953018163953/) qui fait suite à ta victoire au championnat de France 2016. C’est un peu la médaille inattendue. Il s’agit de ton premier championnat, tu finis sur la plus haute marche du podium et on te sent presque gênée, un peu désolée pour les autres. Tu dis au micro du journaliste : « oui c’est bien, mais le surf ce n’est pas que la compétition ! ». 

Ça me fait beaucoup rire car j’aime bien aussi cet état d’esprit et on oublie trop souvent que le sport ne se résume pas à la compétition. Même si c’est important bien sûr. J’ai l’impression que tu es très orientée sur la notion de plaisir ?

C’est vrai qu’il existe des sports qui sont plus orientés sur la compétition que d’autres. Lorsque l’on affronte un adversaire direct, dans les disciplines d’opposition par exemple, on entre de fait dans la confrontation. Bien sûr on retrouve aussi toutes les valeurs associées au sport comme l’esprit d’équipe, le dépassement de soi et le goût de l’effort.

Dans d’autres activités, c’est le cas du surf, on est plus centrés sur la notion d’expression. La compétition n’est venue que dans un second temps. Historiquement, le surf n’a pas de vocation compétitive. Pour moi, il ne peut pas se résumer au circuit compétitif. D’ailleurs c’est souvent en dehors de ce cadre que l’on se fait le plus plaisir. Les conditions sont très variables et les dates des compétitions, posées à l’avance. D’autant plus pour les filles qui se retrouvent souvent à surfer des vagues difficiles car les meilleures sessions sont, la plupart du temps, réservées aux garçons. Alors, c’est vrai qu’une surfeuse ne peut pas s’épanouir seulement dans la compétition.

Cette recherche de plaisir réside aussi dans mon caractère. Depuis toujours j’essaie de relativiser, ce qui se passe à l’eau reste à l’eau. On peut toujours rebondir sur la compétition suivante et la défaite fait partie du sport, c’est le jeu. J’aime la confrontation mais j’aime avant tout le surf. En tout cas c’est comme ça que je le vis.

On va rentrer un peu plus dans le sujet du surf féminin, peux-tu nous donner ton ressenti à ce propos ?

Il faut déjà préciser qu’on est sont bien moins nombreuses que les hommes. C’est un sport à la mode, donc ça se démocratise. On voit de plus en plus de filles à l’eau et c’est chouette. Le niveau explose, surtout au niveau professionnel. La surfeuse gagne en visibilité et en légitimité mais d’un point de vue médiatique on est quand même moins mises en avant. Notamment dans les magazines spécialisés mais aussi au niveau de la fédération (encore trop peu de femmes monitrices, coachs, ou juges). Pourtant de réels efforts sont réalisés dans ce sens.

C’est vrai que l’image qui est véhiculée de la surfeuse est très stéréotypée. On voit tout de suite la fille en bikini sur la plage plutôt que la sportive engagée, en action à l’eau. Le marketing joue un rôle majeur dans cette construction des mentalités. Le surf plait, il fait vendre et les marques l’utilisent dans leurs publicités. Très souvent, ça se résume à la nana qui attend son homme parti à l’attaque des grosses vagues…

Et dans le monde de la compétition, comment ça se passe pour les surfeuses ?

De vrais progrès sont visibles dans ce sens. La World Surf Ligue attribue désormais des prices money égaux pour les deux sexes, c’est un des rares sports qui le fait. C’est une bonne chose. Mais les monitrices sont moins nombreuses, les compétitions aussi, il y a moins d’événements. Ce sont toutes ces petites choses qui rendent la place de la surfeuse moins évidente.

Le surf repose beaucoup sur le sponsoring et les marques n’exigent pas les mêmes qualités pour les hommes et les femmes. Le surfeur est choisi en fonction de ses performances et la surfeuse doit compiler la performance et la plastique. Cela créer beaucoup de polémiques dans lesquelles les réseaux sociaux jouent un rôle majeur. Ils créent quelque part des inégalités en favorisant le sponsoring de pseudo-surfeuses. Disons-le clairement ce sont des influenceuses qui se servent de l’image du surf et de son inertie pour communiquer et obtenir des contrats. Finalement on retrouve des marques qui sont plus intéressées par des mannequins que par de vraies athlètes engagées. C’est dommage… il faudrait retravailler l’image que l’on véhicule des femmes dans le sport. Le choix de celles que l’on valorise ou non et donc, les injustices qu’on engendre. C’est du potentiel que l’on gâche !

« C’est vrai que l’image qui est véhiculée de la surfeuse est très stéréotypée. On voit tout de suite la fille en bikini sur la plage plutôt que la sportive engagée »

D’ailleurs, j’allais y venir. Le surf a une image très proche de la nature, très décomplexé vis-à-vis des corps dénudés. Il y a beaucoup de surfeuses qui sont aussi mannequins. Est que tu penses que cela fausse l’image que le grand public peut avoir ?

C’est la contrepartie de l’effet de mode que créé le surf. Les gens n’y voient que le côté positif mais ça reste de la surface. C’est un monde qui comporte aussi sa part de superficiel mais on peut y véhiculer d’autres valeurs. Pour l’instant, c’est plutôt la sexualisation du corps de la surfeuse qui est privilégiée au détriment de la mise en avant de son histoire de vie, son engagement. De sa personne tout simplement.

Dans un podcast tu as dit « l’image se construit à partir du mérite, j’ai essayé de construire ma légitimité à l’eau avant d’aller démarcher des sponsors ». Je me suis donc posé la question du ressenti des surfeuses vis-à-vis de ce système de sponsoring qui peut créer des injustices ?

Oui, en réalité je ne parlais pas forcément de moi dans ce podcast, mais plutôt des surfeuses au sens large. Ça dépend de chaque personne. Une surfeuse peut décrocher des contrats grâce à son physique ou à son carnet d’adresse, c’est un fait. Cela dépend aussi de l’importance que l’on accorde à tout ce système relatif aux sponsors. D’autres vont se focaliser sur le voyage, le temps passé à l’eau, l’engagement. Il faut quand même garder à l’esprit que les deux aspects sont essentiels. Quand on est surfeur professionnel, consacrer un peu de temps aux sponsors fait partie du jeu.

Le problème réside dans le fait que certaines filles, avec un niveau supérieur, n’arrivent pas, malgré les démarches, à décrocher de contrat. Je pense qu’à partir du moment où il y a le niveau requis et l’engagement il n’y a pas de mal à aller taper aux portes des sponsors. Ça fait partie du système. Selon moi, c’est la manière dont les marques choisissent leurs athlètes qui est plutôt contestable.

 « Il faudrait retravailler l’image que l’on véhicule des femmes dans le sport. Le choix de celles que l’on valorise ou non et donc, les injustices qu’on engendre. C’est du potentiel que l’on gâche ! »

Concrètement, quand tu es à l’eau avec des garçons, en dehors du cadre de la compétition, comment ça se passe ?

On ressent souvent la différence entre les sexes. Il m’est arrivé plusieurs fois de vouloir surfer des vagues conséquentes et d’avoir des réflexions du style : « mais tu sais que c’est gros aujourd’hui ! » ; « ça va aller ? t’es sure ? » ou carrément : « tu n’as rien à faire là ! ». Tout dépend de qui me le dit. Si je connais bien la personne et qu’elle situe mon niveau je vais surement l’écouter, du moins je vais prendre en compte ses conseils. Si c’est un inconnu, je passe outre. Il faut aussi garder à l’esprit qu’avec la démocratisation du surf, on se retrouve avec des gens qui prennent des risques inconscients. Donc, il vaut mieux prévenir que guérir.

Mais il y a quand même cette dimension qui dit que si on est une fille, il faut qu’on prouve ce que l’on vaut. Il faut qu’on gagne notre place à l’eau, qu’on montre qu’on sait aussi surfer. Il m’est arrivé très souvent de me faire taxer (quand quelqu’un grille une priorité, normalement la vague est réservée à celui qui est le plus à l’intérieur, les autres ne sont pas censés partir en même temps). Ça arrive à tout le monde, bien sûr, mais en général les justifications qui suivent ne sont pas les même si on est une femme. C’est souvent : « désolé, je ne savais pas que tu savais surfer ».

C’est un peu plus ancré et permis de mettre en doute le niveau d’une surfeuse. Ce sont des petites choses qu’on expérimente au quotidien. D’un autre côté, une fois qu’on fait sa place au line-up on est d’autant plus reconnues par la suite. Mais la légitimité doit s’acquérir et c’est toujours un peu compliqué quand on arrive dans de nouveaux endroits.

Et dans le cadre des compétitions, ça se passe comment entre les surfeuses et les hommes ?

La plupart du temps les événements sont mixtes. L’aspect critiquable reste le fait qu’en général, les meilleures conditions sont réservées aux surfeurs. Du moins les plus grosses vagues. Il me semble aussi qu’il y a une ou deux étapes en moins pour les filles. Je ne le comprends pas trop car ce sont des étapes qui permettent de se qualifier. Il y a un gros manque d’incitation à la compétition pour la surfeuse. Je ne suis pas du genre à défendre à tout prix la performance mais c’est vrai que ce sont de belles expériences et des opportunités de voyager, de se confronter à d’autres niveaux. Bref, des rencontres et je trouve dommage que les filles y soient moins incitées. Des initiatives sont tout de même notables dans ce sens. Pour celles qui avaient peur du regard des garçons par exemple.

« Il y a quand même cette dimension qui dit que si on est une fille, il faut qu’on prouve ce que l’on vaut. Il faut qu’on gagne notre place à l’eau, qu’on montre qu’on sait aussi surfer »

J’ai l’impression que le longboard est une discipline qui est plus en accord avec la nature féminine et l’image que l’on se fait de la femme que le shortboard ?

Exactement, les qualités retrouvées dans le longboard correspondent à celles que l’on situe dans l’imaginaire féminin de la surfeuse. La grâce et la douceur en raison des lignes plus allongées par exemple. On l’associe très souvent à la danse, le style compte beaucoup. Alors que le shortboad est plus masculin : c’est la radicalité, la puissance.  On voit beaucoup cette association d’idées même s’il existe aussi des hommes sur des longboards et des femmes sur des petites planches qui ont un surf très agressif et un très gros niveau.

D’ailleurs le shortboard reste la discipline dominante dans le surf. Il y plus de visibilité, de budget etc. Traditionnellement le longboard est associé aux femmes. Pourtant historiquement, le surf se faisait sur de grandes planches et était réservé aux hommes, le shortboard n’existait pas. Les planches étaient bien plus grandes au départ. Le longboard était donc pratiqué par les hommes. Il s’est féminisé par la suite.

On parlait tout à l’heure du fait que le surf est l’un des premiers sports à obtenir l’égalité salariale. Très souvent les gens pensent que les sportifs de haut niveau gagnent énormément d’argent alors qu’en réalité il s’agit d’une minorité. Les meilleurs récoltent des sommes colossales mais ce n’est pas le cas de tous. Pour une surfeuse professionnelle, est-ce possible de vivre de ce sport ?

C’est très difficile ! Je pense qu’on compte sur les doigts d’une main le nombre de filles qui en vivent en France. C’est un peu pareil pour les hommes d’ailleurs. Je ne me considère pas comme une surfeuse professionnelle au sens propre du terme. Je dirai que je suis de bon niveau mais je n’en vis pas. Sinon la plupart des athlètes créent des structures annexes comme des écoles, ou investissent dans d’autres domaines. Au final la question de la reconversion se pose très vite comme dans tous les sports. Même pour les surfeurs, il reste très compliqué d’en vivre.

D’ailleurs lorsque l’on regarde le circuit mondial, c’est souvent des athlètes qui ont déjà de gros moyens familiaux. La sélection des jeunes se fait aussi en fonction de ceux qui ont le budget pour voyager et surfer dans les eaux chaudes l’hiver. Il faut aussi se déplacer sur les compétitions. Même au meilleur niveau ça reste très dur. On cite souvent l’exemple de Justine Dupont ou Johanne Defay qui représentent clairement l’élite française. Elles ont vraiment galéré pour avoir des contrats dignes de ce nom. Ça a été un long combat, du moins du départ.

« C’est un peu plus ancré et permis de mettre en doute le niveau d’une femme. Ce sont des petites choses qu’on expérimente au quotidien. D’un autre côté, une fois qu’on fait sa place au line-up on est d’autant plus reconnues par la suite »

Le surf entre au Jeux olympiques en 2024, c’est à la fois une reconnaissance symbolique pour ce sport mais aussi pour les activités de nature (l’escalade entre aussi). Ça casse un peu les codes des Jeux. Qu’est-ce que tu aimerais que cela apporte au surf ?

J’adore l’esprit des Jeux. Beaucoup de pays sont représentés. Malheureusement dans le surf je crois que ce ne sera pas le cas. Le gros point positif est que l’épreuve femme se déroulera au même endroit que celle des hommes. Sur la vague de Teahupoo, à Tahiti. C’est une vague mythique mais très difficile. Il n’y a pas beaucoup d’eau, elle est très impressionnante et jusqu’à présent elle était réservée aux garçons sur le circuit mondial. Les surfeuses n’avaient pas cette étape. C’est une belle victoire. J’aurais bien aimé que le longboard soit aussi prévu, peut-être plus tard, lorsqu’il sera plus développé au niveau international.

Du point de vue écologique, penses-tu que le surf apporte un changement de regard, notamment auprès des jeunes ?

Je pense oui. Dans mon cas, j’ai été sensibilisée depuis petite. Au Maroc, on nous apprenait à découvrir la faune et la flore de la lagune, les gestes essentiels. C’est quelque chose que j’ai retrouvé ensuite dans mon club. Il faut quand même garder à l’esprit que malgré son image nature, l’industrie du surf reste très polluante. La plupart des combinaisons sont en néoprène, un dérivé du pétrole. Les résines utilisées pour faire les planches sont aussi des polluants. Il y a beaucoup choses à faire encore. Et c’est sans compter les déplacements pour les compétitions internationales etc.

De nos jours beaucoup de personnes se mettent au surf sans forcément avoir cette fibre écologique. Ça reste un sport outdoor qui demande une certaine sensibilisation. Il ne faut pas oublier que notre principal adversaire est aussi notre principal partenaire, il s’agit de la nature. Une certaine connaissance du milieu est donc nécessaire pour appréhender les conditions et se mettre en sécurité. Donc oui, le surf apporte un nouveau regard mais il ne faut pas sauter l’étape de la sensibilisation, souvent oubliée dans les sports de masse qui cherchent à tout prix la rentabilité.

Le surf diffuse cette image d’un mode de vie très « slow ». Il semble moins ancré dans la société de consommation, comme un retour aux sources. Pourtant un véritable business s’est bâti dessus. Il est très instagrammable. C’est une industrie qui fait vendre énormément de vêtements. N’y a-t-il pas quelque part une forme d’hypocrisie ?

Je pense que les athlètes en sont assez conscients. On voit l’évolution des déchets sur les plages et la pollution. C’est comme tout, ça dépend des individus, de l’éducation reçue. En règle générale les surfeurs/surfeuses sont assez regardants mais on trouve de tout. Il y a aussi de gros consommateurs. Des gens sont victimes de ce style vestimentaire à outrance qui oublient de consommer de façon responsable. Certaines entreprises essayent vraiment de chercher des solutions.

« Il ne faut pas oublier que notre principal adversaire est aussi notre principal partenaire, il s’agit de la nature »

Dans un tout autre registre, quelle est ta vision de la femme moderne ?

Petit rire. La femme moderne … pour moi c’est celle qui a le choix. Souvent les femmes ont l’impression d’avoir le choix mais en réalité nous sommes conditionnées par la société. On se met des barrières, on se censure. Bon après, je fais des études en sciences sociales donc forcément je me sens concernée. Ce choix passerait par le fait de ne pas hésiter à aller dans des domaines qui semblent réservés aux hommes. Il faut casser les barrières et décloisonner la vision que l’on se fait des choses. On attribue souvent le mythe de la femme moderne à la super maman qui fait plein de choses. Celle qui est à la fois femme d’affaire, engagée, sportive et qui s’occupe de l’éducation des enfants. Bref, celle qui assure partout. On est des êtres humains comme les hommes. Il faut arrêter de tout faire reposer sur les femmes. Il faut décloisonner !

« La femme moderne … pour moi, c’est celle qui a le choix »

Justement, si je te dis que les sportives sont forcément des casse-cous, masculines, garçons-manqués ? Très souvent les femmes sont soit ces athlètes qui chamboulent l’ordre des genres, soit au contraire celles qui sont victimes de croyances limitantes qui n’osent pas forcément y aller.

C’est assez représentatif. On retrouve par exemple des magazines de surf féminin très stéréotypés montrant des mannequins mis en parallèle avec une surfeuse considérée comme masculine. Au contraire, dans les magazines exclusivement masculins, il y a deux pages consacrées au surf féminin et trois publicités montrant des nanas en string. C’est dommage. En réalité chez la surfeuse, il y a autant d’athlètes que de caractères. Oui, il y a des surfeuses plutôt « masculines », d’autres sont hyper « féminines », certaines justes « différentes ». Je suis persuadée que nous avons tous une part de féminité et de masculinité en nous. On ne peut pas tout résumer à deux catégories.

« On attribue souvent le mythe de la femme moderne à la super maman qui fait plein de choses. Celle qui est à la fois femme d’affaire, engagée, sportive, qui s’occupe de l’éducation des enfants. Bref, celle qui assure partout »

Je n’aime pas tellement mettre des étiquettes mais as-tu personnes qui t’inspirent ?

Pour l’humilité je pense tout de suite à Pauline Ado. Mais aussi la surfeuse Justine Dupont. Pour les avoir un petit peu rencontré, je trouve qu’elles dégagent énormément. Ce sont des filles très discrètes, humainement très accessibles malgré de gros palmarès. Elles sont dans le partage. C’est vrai que tout cela m’inspire beaucoup. Sinon je pense forcément à Rell Sunn, la surfeuse hawaïenne historique. Elle était aussi enseignante. Elle avait un style incroyable, mes parents l’avaient rencontré. C’est une vraie pionnière. Elle faisait partie de ces gens qui rayonnent et qui inspirent.

Sinon chez les hommes, étant donné que je fais du longboard, je pense tout de suite aux frères Delpero et à Damien Castera. Ils ont un style très inspirant. La dimension expédition et voyage me plait beaucoup.

Pour finir, si tu t’autorises un peu à rêver, quelles seraient tes aspirations pour l’avenir ?

Je suis en plein dans l’âge où je me demande ce que je vais faire de ma vie ! Plus sérieusement, j’ai envie de voyager, d’écrire, de surfer et découvrir de nouvelles vagues. Peut-être tenter de faire le tour de longboard. Bref, faire des rencontres. Professionnellement, je pense m’orienter plutôt vers la préservation de la faune et de la flore. J’ai encore deux ans de master à faire, on verra à quoi ils me mènent. Mais j’ai bien envie de partir à l’avenir.

 

 

Photographies réalisées par @Eric Chauché

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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