Le sport féminin: entre tabous et tradition

Le sport féminin: entre tabous et tradition

1912. Les Jeux de Stockholm battent leur plein. Le baron Pierre de Coubertin, fier rénovateur des Jeux olympiques de l’ère moderne depuis 1894, déclare au sujet d’une éventuelle compétition féminine : « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs ».

1964. Le docteur Verit s’adresse aux sportives : « Compagnes, mes amies, sachez conserver votre féminité et ne prenez pas le risque de devenir, en même temps que des championnes, des êtres qui ne sont plus ni hommes, ni femmes ».

2014. La combattante transgenre Fallon Fox brise le crane de son adversaire Tamika Brents durant un combat de MMA. Il n’en faut pas plus pour défrayer la chronique. Le journal LGBTQ The Blaze, la qualifie « d’athlète la plus courageuse de l’histoire » pour son attitude face aux critiques. À l’opposé, certains médias s’empressent de scander qu’il « y a vingt ans, un homme frappant une femme si fort serait en prison. Maintenant, il peut être payé pour ça ». Deux logiques s’opposent alors, celle de la volonté d’une parfaite égalité des sexes dans le cadre sportif et celle de son impossibilité sous couvert de différences physiologiques. Comme si rien ne pouvait exister entre les deux. En réalité, les auteurs de ces propos font resurgir un dilemme qui durent depuis des décennies.

Un besoin de changement …

De nos jours la sportive reste au cœur de nombreuses polémiques. Elle est le fruit d’un parfait mélange entre construction sociale et aptitudes naturelles qu’il est parfois difficile de cerner. Cela rend sa place particulièrement complexe et intéressante. Dans l’esprit du plus grand nombre, si elle est trop féminine, elle n’a pas le niveau pour devenir une grande championne. En revanche, il suffit qu’elle soit performante pour que cela soit associé à sa proximité avec des qualités « masculines ». Pourtant, la société et les esprits s’éveillent à ce sujet. De plus en plus d’athlètes revendiquent et mettent en avant leur féminité.

Il s’agit aussi de nuancer ces propos et de différencier les sports. Tous ne relèvent pas des mêmes enjeux. Une activité artistique ou individuelle est plus facilement admise dans l’imaginaire collectif qu’un sport collectif ou de combat. En réalité, on ne parle pas de « la » sportive, mais « des » sportives. Car il existe autant de manières de pratiquer le sport que d’identités. Et ça, ce n’est pas facile pour tous à accepter.

« Deux logiques s’opposent, celle de la volonté d’une parfaite égalité des sexes dans le cadre sportif et celle de son impossibilité sous couvert de différences physiologiques. Comme si rien ne pouvait exister entre les deux »

Cet article est le fruit d’une réflexion qui m’anime depuis plusieurs années. Le sport est mon objet de travail au quotidien. Son histoire, ses enjeux et ses représentations occupent une bonne partie de mon emploi du temps. La logique aurait sans doute voulu que je commence le blog Inspiré.e.s avec ce sujet mais j’ai préféré procéder autrement. Peut-être pour mieux poser les bases qui serviront au décryptage de cette thématique, ou alors parce qu’il me semblait difficile de vulgariser objectivement un sujet dont je me sens si proche. L’objectif ici n’est pas de vous donner mon opinion sur la question mais plutôt de vous permettre de vous forger votre propre avis. De mieux comprendre ce qu’il en est pour dépasser les évidences et espérer, enfin, faire cesser l’alimentation d’un discours tournant en boucle depuis bien trop longtemps.

« En réalité, on ne parle pas de « la » sportive, mais « des » sportives. Car il existe autant de manières de pratiquer le sport que d’identités »

La double face du sport féminin.

Avant de débuter, prenons le temps de mettre en lumière ce qu’est le sport féminin pour le grand public. Pour beaucoup, il se résume au sport de haut niveau. Notamment aux activités les plus médiatisées (football, tennis par exemple). Prenez n’importe quel article de presse ou faites une simple recherche sur google. L’immense majorité des résultats concerne une infime partie des actrices du sport féminin. En réalité, il touche une population beaucoup plus large. Bien entendu, les sportives de haut niveau incarnent le graal que tant de personnes recherchent. Elles rendent au passage visible des mécanismes plus profonds. Pourtant, on ne saurait mettre de côté toutes les pratiquantes non professionnelles. Il est indispensable de prendre en compte ces femmes qui s’entrainent régulièrement (ou occasionnellement), dans un cadre loisir ou compétitif.

Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas une championne titrée que cela vous retire votre casquette de « sportive ». On retrouve, dans cette grande population, les dirigeantes et titulaires des instances sportives. Celles qui écrivent et encadrent le sport. Bref, celles qui lui donnent vie jour après jour. Enfin, le sport féminin se joue et se rejoue sous nos yeux au quotidien. Durant une partie de beach-volley entre ami.e.s, un match de tennis en famille, dans les cours de récréation depuis le plus jeune âge ou encore à l’occasion des leçons d’EPS. Chacun de ces lieux conditionne les sportives de demain. Celles qui, peut-être enfin, parviendront à réconcilier la pratique physique et les normes de genre pour définir un nouveau modèle sportif plus équitable pour chacun, dans le respect des différences.

Les obstacles au sport féminin :

Lorsque l’on parle de sport féminin, la question de l’égalité des sexes débarque presque instantanément sur le tapis. Finalement, on se rend rapidement compte que trois obstacles majeurs entravent une parfaite égalité. Le premier renvoie à la question des stéréotypes et du « sexisme » que le monde sportif véhicule. Le second, à l’héritage d’un lourd passé et d’une histoire chargée d’interdits. Enfin, le troisième aspect questionne la visibilité, les moyens, et la rémunération accordés aux femmes dans le sport.

Chacun de ces trois points s’inscrit dans un système bien rodé limitant le débat à la même opposition permanente. D’un côté les adeptes de la théorie du genre et de l’autre, les partisans d’une approche conservatrice. Cette dualité exclue, de fait, tous les titulaires de « l’entre-deux ». Bref, la grande majorité du monde du milieu, qui finit par se taire, noyée au milieu des cris et des certitudes de ceux qui parlent trop fort. Changer d’angle de vue permet alors de comprendre qu’il existe des vérités et des non-sens dans les deux discours que pourtant tout oppose. C’est ce que nous allons essayer de mettre en évidence.

« Le sport féminin se joue et se rejoue sous nos yeux au quotidien. Durant une partie de beach-volley entre ami.e.s ou dans les cours de récréation depuis le plus jeune âge »

Le premier obstacle : les stéréotypes de genre.

Nous avons déjà démontré de quelle façon le genre résulte d’une construction sociale et culturelle (https://inspirees.org/legalite-hommes-femmes-lenvers-du-decor-stereotypes-feminisme/ ). Au contraire, le sexe renvoie à la nature biologique de l’individu. Dans le cadre de la société, le dépassement de cette idée n’est déjà pas une chose aisée. Pourtant, aucun fondement scientifique ne légitime le fait qu’une femme soit moins apte à assumer des responsabilités, qu’elle soit moins rémunérée ou meilleure pour tenir un foyer. À l’inverse, le monde du sport fait ressurgir la problématique opposée : il conforte un modèle qui trouve justement sa justification dans des « preuves physiologiques ».

En effet, le sport se base sur un instrument : le corps. Je devrais plutôt dire LES corps, ceux des femmes, des hommes, et tous les autres. Inévitablement, cette mise en jeu corporelle rappelle l’idée d’ordre naturel des sexes et avec, la hiérarchie sexe fort/sexe faible. La science confirme alors ce que les stéréotypes sociaux avancent : une femme ne sera jamais aussi puissante, rapide ou forte qu’un homme. C’est un fait. Est-ce que cela veut pour autant dire que le sport féminin est dépourvu d’intérêt ? Absolument pas. Cela donne simplement un argument à ceux qui parlent sans chercher à comprendre. Les techniques du corps sont donc culturellement genrées.

En définitive, les discours et les pratiques sociales définissent la nature du genre féminin et le sport devient le parfait outil pour diffuser les normes qui en résultent. En contrôlant les corps, vous contrôlez les esprits. Une évidence s’impose alors : « le sport à un sexe : il est masculin » (Davisse et Louveau, Sport, école et société : la part des femmes, 1991).

La question des différentes pratiques sportives.

Le panel d’activités physiques est large. Comme un spectre continu allant de l’archétype de la féminitude à la virilité masculine. Avec au milieu, des sports pouvant, peut-être, concilier ces deux aspects et ainsi être tolérés pour les deux sexes. Des pratiques euphémisées, historiquement admises pour les femmes à celles qui constituent des transgressions des normes, les sportives ont su conquérir peu à peu l’ensemble du paysage sportif. Pour autant, la logique d’émancipation par le sport n’est jamais parvenue à rompre totalement avec les idéaux sociétaux. Cela est dû à une seule et unique raison : « le corps est le lieu où s’exprime le plus la domination masculine » (Faure, Apprendre par le corps, 2000).

Très concrètement, cela signifie qu’une danseuse ou une patineuse ne fait pas face aux mêmes obstacles qu’une boxeuse ou une footballeuse car elles ne relèvent pas du même imaginaire. Elles ne véhiculent pas les mêmes représentations sociales et donc, ne questionnent pas les normes de genre de la même manière. C’est d’ailleurs pour cela que certains demandent parfois : « mais la danse, c’est un sport ? » Et ben oui… je leur conseille d’aller passer une demi-journée avec des danseurs professionnels, on en reparle ensuite.

Les sports artistiques soulèvent d’ailleurs le problème dans l’autre sens. S’ils sont admis pour les femmes, quelle est alors la place des hommes ? Là encore, les stéréotypes sont sans appel … ces artistes/sportifs sont forcément, dans l’esprit du grand public, efféminés et ne rentrent plus dans la bonne case. Ce ne sont plus des hommes à la masculinité indiscutable. Ils constituent alors une transgression, au même titre qu’une sportive qui se risquerait à pratiquer une activité socialement reconnue comme « masculine ». Bref, on l’aura compris, tout ça pour dire que les problématiques déjà présentes dans la société sont amplifiées dans le cadre du sport. Prenez-les, multipliez-les par dix et vous devriez obtenir quelque chose qui ressemble vaguement au sport féminin.

« Une évidence s’impose, le sport à un sexe : il est masculin »

Davisse et Louveau, Sport, école et société : la part des femmes, 1991.

Le sport: une histoire d’hommes ?

Traditionnellement et idéologiquement le sport serait donc une affaire d’hommes. L’argument tant entendu (et vérifié) de qualités physiques plus importantes chez eux serait le fondement légitime de toutes les inégalités. Faisons un détour par une cour de récréation. Avant 12 ans, les différences physiologiques n’existent pas (ou peu) entre les deux sexes. Pourtant, le petit garçon en possession de la balle fait plus facilement la passe à son coéquipier qu’à sa coéquipière. Rappelez-vous également les grands moments de constitution des équipes en EPS… les capitaines (des garçons, le plus souvent), choisissaient en priorité leurs acolytes masculins. Le dernier choisi (ou la dernière) se contentait le plus souvent d’un « ben … toi », très flatteur pour l’estime de soi.

Généralement, les choix des enfants et adolescents, alors qu’il n’y a que très peu de fondement scientifique, reflètent les acquis d’une construction sociale. Dès lors, comment affirmer que les inégalités dans le cadre du sport sont exclusivement le résultat d’une différence d’aptitudes physiques et donc, de niveau ?

« Les sports artistiques soulèvent d’ailleurs le problème dans l’autre sens. S’ils sont admis pour les femmes, quelle est alors la place des hommes ? »

Obstacle n°2 : une histoire chargée d’interdits.

La pratique du sport féminin reste l’objet d’une lutte permanente. Pourquoi tant de haine et de difficultés ? En fouillant dans le passé, on constate que deux modèles de pensée ont largement contribué à limiter l’activité des sportives. D’abord, celui de la volonté de préserver leurs corps pour les préparer au rôle de mère. Ce schéma a perduré jusqu’au milieu du 20e siècle (on en porte encore aujourd’hui l’héritage). En diminuant l’intensité ou en privilégiant des activités plus modérées, les instances sportives et l’école espéraient préserver la fonction procréatique des femmes pour régénérer le peuple dans un contexte aux préoccupations natalistes majeures.

L’idée que les mères fortes font des peuples forts était de mise. Le sport représentait alors un risque inutile pour elles. On considérait qu’il altérait leur physiologie et les rendait dangereuses, pour elles comme pour les autres. Dans des textes officiels régissant l’éducation physique en 1925 on peut d’ailleurs lire que « la femme n’est point construite pour lutter mais pour procréer ». Le football est même interdit pour les femmes sous le gouvernement de Vichy. L’activité physique et le rôle de mère étaient donc incompatibles. Basta.

Et la compétition dans tout ça ?

Le deuxième modèle de pensée renvoie à la différenciation entre la pratique sportive des femmes et celle de la compétition. En effet, notre cher ami Pierre de Coubertin, s’il peut sembler très « sexiste » en apparence (voir la citation en introduction), est en réalité en désaccord avec la pratique compétitive des sportives (ce qui ne le rend pas moins matcho). Encore une fois, cela questionne les représentations sociales soulevées par la compétition : l’affrontement, la rivalité, le combat. Autant de valeurs traditionnellement associées au genre masculin.

Cela ne date pas d’hier. Déjà dans les Jeux antiques, les femmes étaient exclues des compétitions. Celles qui étaient mariées n’avaient pas même le droit d’y assister. Comme pour les animaux, le sport devient un « combat de mâles », dont le but n’est pas de tuer mais plutôt d’attirer l’attention de la femelle. Cette vision résonne profondément avec les clichés des cérémonies sportives dans lesquelles le champion, adulé par les hôtesses, devient le centre de toutes les attentions.

« Le sport représentait un risque inutile pour les femmes. On considérait qu’il altérait leur physiologie et les rendait dangereuses, pour elles comme pour les autres »

Femme, tu ne courras point !

La compétition rendrait visible ce que beaucoup ont du mal à concevoir pour les femmes : une lutte et un épuisement qui sont à l’antipode des représentations sociales de la féminité. Ce mythe se confirme en 1928 à l’occasion de la finale de 800m dames des Jeux d’Amsterdam. On entend les commentateurs, voyant les jeunes filles allongées après avoir franchi la ligne d’arrivée, s’exclamer : « quel spectacle lamentable ! catastrophique ! ». Ah bon, parce que les hommes achevant une telle course terminent frais comme des lapins ?

Le scénario se rejoue en 1984, durant le premier marathon olympique féminin. On voit sur les archives vidéo des hommes, tentant d’arrêter la course des femmes en les freinant. Les mêmes arguments sont avancés pour justifier ces actions. Heureusement, il existe quelques pionnières, à l’image d’Alice Milliat qui créée en 1921 les premiers Jeux féminins. Ou encore des sœurs Goitschel qui deviennent, en 1964, les premières sportives élues « championnes des champions » par le journal L’Équipe. Elles détrônent au passage Jacques Anquetil et Pierre Jonquères d’Oriola, deux sportifs d’exception.

De nos jours …

La problématique de la compétition réside encore dans notre société actuelle et dépasse largement l’argument des aptitudes physiologiques. En 2015, les statistiques montrent que 17% des femmes ayant une activité physique régulière ont participé à une compétition. Contre 52% des hommes (https://www.insee.fr/fr/statistiques/3202943 ). Et ça ne s’arrête pas là. Six personnes sur dix considèrent que la moindre participation des filles aux compétitions s’explique principalement par un manque d’encouragements, et non par un manque de capacités suffisantes ou un défaut de goût pour la compétition (Burricand et Grobon, 2015).

Il en est de même avec les licences. En 2019, les sportives détiennent deux fois moins de licences unisport (olympiques ou non) que les hommes. En revanche elles les dépassent lorsqu’il s’agit d’une fédération multisports (https://injep.fr/donnee/tableaux-statistiques-relatifs-au-recensement-des-licences-sportives-de-2019/ ). Le constat est inévitable: les femmes consomment un sport d’entretien et de loisir quand les hommes, eux, recherchent la compétition et la performance sportive. Ces deux modalités de pratique reflètent des attentes sociales différentes vis-à-vis des deux sexes.

L’inégalité est là, bien présente et incontestable, tout autant que le sont les différences naturelles. Ainsi, cessons de limiter l’analyse au sport de haut niveau et aux discours des journalistes qui ne révèlent, finalement, qu’un fragment de la réalité. La problématique du sport féminin ne peut se limiter à la théorie du genre, tout comme elle dépasse largement les fondements scientifiques des discours conservateurs.

Obstacle n°3: le manque de visibilité et de rémunération des sportives.

Avant de débuter cet article, j’ai réalisé quelques recherches pour mieux visualiser ce que le grand public pense du sport féminin. Je suis tombée, par hasard, sur une vidéo pour le moins préoccupante (https://www.youtube.com/watch?v=LppYchDMI8s ). Son créateur, à l’aide d’un montage parfaitement pensé, juxtapose des plans tournant en ridicule des discours en faveur du sport féminin (tous sont tenus par des femmes). Suite à cette entrée en matière, il explique le raisonnement suivant : « moindre capacités physiques = moindre niveau = moindre spectacle = moindres revenus. C’est logique non sexiste ». Il s’insurge ensuite de l’égalité salariale dans les tournois de tennis qu’il considère comme « injuste » et conclut en beauté par un : « il faudrait donc continuer à se taire face au délire féministe ! ». Le moins que l’on puisse dire c’est ce que ce monsieur ne mâche pas ses mots…

La pépite de la semaine…

Le pire dans cette histoire, est que si l’on suit strictement sa démonstration, je suis persuadée qu’une grande partie des spectateurs peuvent être convaincus par ce genre de discours. Effectivement, après avoir vu Serena Williams rater une dizaine de réceptions de service face à un homme, ou des joueuses professionnelles de football perdre 7-0 face aux garçons de moins de 15 ans, la question de la différence de niveau se pose spontanément.

Pourtant si on regarde d’un peu plus près, on se rend compte que le créateur trouve la force de son argument dans les revendications de celles qu’il considère être ses adversaires, les archi-militantes qui nient toute différence de capacités physiques entre les hommes et les femmes. Lorsque deux extrêmes s’opposent, chacun puise la force de son propre propos dans la haine du discours adverse. Cela lui donne un point d’ancrage pour légitimer sa démonstration. On arrive alors au fameux : « vous voyez bien, elles disent n’importe quoi, du coup écoutez-moi ! ». Dès lors, deux mondes ne parlant plus le même langage s’opposent et finalement, la discussion n’est plus envisageable.

« L’inégalité est là, bien présente et incontestable, tout autant que le sont les différences naturelles »

Au-delà des statistiques

J’aurais pu choisir d’appuyer ma réflexion par des centaines de chiffres démontrant que les femmes sont moins payées et moins visibles dans le cadre du sport mais je ne pense pas que l’intérêt de cet article se situe là. Bien entendu ces données sont importantes. On ne saurait oublier que le salaire moyen d’une footballeuse de Ligue 1 (puisque le football parle au plus grand nombre) est de 2494euros brut/mois, contre 108 000 euros brut/mois pour un homme. Ou encore que moins de 20% des retranscriptions sportives télévisuelles concernent les sportives (Conseil Supérieur de l’audiovisuel, 2017). Mais le problème est encore au-delà de ces injustices. Il réside dans le cercle vicieux qu’engendre ce modèle.

Certes les femmes n’auront jamais les aptitudes physiques des hommes, ceci peut expliquer un écart de performance dans beaucoup de sports (et non dans tous). Mais en quoi cela les empêche de souscrire une licence ou de pratiquer ? Nous savons en réalité que la visibilité médiatique autour d’un sportif ou d’une activité suscite un engouement dans la société. Celui-ci entraine quasi-systématiquement une hausse des licences et donc du nombre de pratiquants. Cette théorie a été démontrée de nombreuses fois. Prenez l’exemple de David Douillet en judo, de Martin Fourcade en Biathlon ou de Laure Manaudou en natation. Le raisonnement semble alors évident : en limitant la visibilité du sport féminin, la société propose moins de possibilités d’identification aux femmes, le nombre de pratiquantes n’augmente pas et la possibilité de faire émerger des championnes se restreint

« Lorsque deux extrêmes s’opposent, chacun puise la force de son propre propos dans la haine du discours adverse »

Le rôle des infrastructures pour le sport féminin.

Cela pose également la question des moyens attribués aux collectivités et associations pour permettre de développer le sport féminin. Je discutais l’autre jour avec Nastasia Noens, multiple médaillée et membre de l’équipe de France de ski alpin depuis 2003 (son portrait paraîtra bientôt). Elle m’expliquait que les garçons titulaires tricolores sont beaucoup plus visibles dans les médias car ils gagnent plus de médailles. Ce qui est juste. Ils sont aussi plus nombreux, ceci augmente les chances de médailles masculines françaises. Chez les filles, Nastasia est la seule représentante en slalom féminin, la prochaine à assurer la relève à 10 ans de moins qu’elle.

Sans remettre en cause le « mérite » des garçons, il semblerait donc que les sportives aient été un peu mises de côté. C’est à l’image du ski féminin qui subit une longue période de creux. Est-ce qu’il y aurait moins de potentiel chez les jeunes filles que chez les skieurs ? Il ne semble pas, d’autant plus car le ski est une des rares activités communément admises pour les deux sexes (et encore, tout dépend des disciplines). Cela est simplement dû au fait que les mêmes moyens n’ont pas été donnés pour détecter, recruter et encadrer les jeunes skieuses. La fédération paye maintenant les conséquences d’une politique installée il y a plusieurs années.

En conclusion

Il faut comprendre que le sport, féminin comme masculin, se construit sur l’ensemble de l’espace social. Depuis les cours d’EPS, aux associations de quartier, en passant par les clubs et structures rattachés aux fédérations, jusqu’à la gestion des équipes nationales. Il devient un véritable phénomène sociétal grâce à la visibilité médiatique, aux discours des journalistes mais aussi aux encouragements faits par l’entourage et à l’éducation des jeunes filles et garçons.

La question du sport féminin est bien plus vaste qu’il n’y parait et ne saurait se limiter ni aux chiffres, ni aux médias. Elle ne peut se poser comme l’unique résultat d’une construction sociale genrée ou d’une nature physiologique différente. De nos jours certains athlètes dépassent largement le cadre sportif pour devenir de véritables personnages culturels. De fait, le sport détient un pouvoir immense. Celui de rassembler autant qu’il peut diviser. Il mesure la valeur humaine en millimètres et centièmes de seconde. Quelle place souhaitons-nous lui donner dans un modèle social plus vertueux ?

« Le sport détient un pouvoir immense. Celui de rassembler autant qu’il peut diviser »

 

 

 

 

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