La mode responsable face à la fast fashion

La mode responsable face à la fast fashion

Ce geste si anodin.

Chaque matin, au réveil, nous répétons les mêmes gestes. Nous choisissons nos vêtements, souvent issus de la fast fashion, pour nous accompagner toute la journée. Spontanément, nous prenons ceux qui nous donnent confiance, ceux dans lesquels on se sent bien. Bref, la tenue qui nous fait nous sentir nous-même, comme si on enfilait notre identité. On ne prend plus la mesure de cette habitude quotidienne. C’est un réflexe spontané, on ouvre notre dressing/armoire/placard en mode pilote automatique.

Le plus souvent, malgré la quantité de vêtements accumulés, on ne trouve rien à se mettre. Parfois on se résigne et on finit par opter pour LA tenue facile, celle dans laquelle on se sent confortable, qui passe partout, ni trop simple, ni trop stylée. De temps à autre, on s’empresse d’enfiler ce nouveau haut, cette petite robe ou cette veste récemment achetés et que l’on a hâte d’étrenner. Quoi qu’il en soit, c’est peu dire que d’affirmer que depuis l’arrivée de la fast fashion, nous n’accordons plus la même valeur à nos vêtements.

Demandez à vos grands-parents comment ils les considèrent. Le décalage est frappant. Ils sont de cette génération qui redonne le goût des choses. Pour qui une paire de chaussures est un cadeau exceptionnel et une chemise dure des décennies. Combien de pièces n’ont jamais été portées dans une garde-robe, ou alors sont conservées « au cas où » ?

Dites-moi ce que vous portez, je vous dirai qui vous êtes

Les sciences sociales montrent depuis longtemps que le vêtement contribue largement à établir une image et estime de soi. Il nous aide à rentrer dans notre personnage. C’est aussi un marqueur symbolique d’appartenance à un groupe. Finalement, c’est un peu de soi que l’on renvoie à travers son/ses style.s vestimentaire.s. D’autant plus chez la femme, dont l’apparence est scrutée au quotidien. Trop court, elle est vulgaire ; trop long et elle est prude. Pas assez sophistiqué, elle n’a pas de style ; trop extravagant et elle en fait des tonnes. Bref, pas facile de se vêtir à la fois en fonction de ses envies, des attentes de la société et de la tendance. Si on doit en plus choisir des vêtements responsables, bonjour la galère !

J’ai la chance d’avoir une grand-mère qui a un sens de la mode hors du commun (et je ne dis pas ça parce que je suis ne suis pas objective !). Je vous assure, ma grand-mère c’est la « queen du style ». À 80 ans, elle ferait pâlir de jalousie les meilleures candidates des reines du shopping ! Je me suis toujours demandé comment fait-elle pour si bien associer les pièces ? Pour toujours avoir ce petit truc qui, malgré les années et les tendances, lui permet de rester dans le coup.

Une partie de ma garde-robe vient de son dressing. Et pour le reste, je me suis fournie pendant longtemps chez les enseignes bon marché. J’étais addicte à ce mode de consommation qui nous pousse à acheter toujours plus. Et ça, la fast fashion l’a bien compris. De nos jours, on porte nos vêtements entre cinq et dix fois en moyenne. Et puis après ? Que deviennent-ils ? Que ce cache-t-il derrière l’industrie textile ? Pourquoi entend-on très souvent qu’elle est la deuxième industrie la plus polluante derrière celle du pétrole ?

« On ne prend plus la mesure de cette habitude quotidienne. C’est un réflexe spontané, on ouvre notre dressing en mode pilote automatique »

Le constat :

125 milliards de dollars. C’est le prix total des vêtements importés dans les pays du G20 chaque année (https://www.globalslaveryindex.org/2018/findings/highlights/ ). En 1960, 95% des vêtements utilisés aux États-Unis étaient produits sur place. Aujourd’hui, il n’en reste que 3%. Entre 1996 et 2015, la production française dans l’industrie textile a chuté de -51% et perdu 66% de ses salariés(https://www.insee.fr/fr/statistiques/3632345 ).

Mais alors, où et comment sont confectionnés nos chers jouets ? La réponse à cette question, nous la connaissons tous. Nous la trouvons lorsque nous découpons les petites étiquettes qui grattent à l’envers de nos habits : « In China », « In India », « In Pakistan » … Derrière ces petits bouts de tissu cachés dans nos coutures, ce sont 40 millions de personnes, dont 70% de femmes qui sont réduits à une forme d’esclavage moderne à cause de la sous-traitance à n’en plus finir. Ce sont des milliers de familles qui sont baignées dans des eaux polluées.

Pendant ce temps…

À l’autre bout du globe, loin de cette réalité, j’enfile une chemise en polyester achetée en solde à 10 euros dans une enseigne de fast-fashion. Elle sera sans doute trop abimée et finira à la poubelle d’ici un ou deux ans, avec les 4 millions de tonnes de vêtements jetés chaque année, mais soit, c’est une affaire ! Savez-vous que seulement 1% d’entre eux sont revalorisés ? Il est presque impossible de recycler des fibres mélangées. Beaucoup de pièces sont en trop mauvais état pour être revendues. Il reste la solution des dons, à la famille ou à des associations. Mais on comprend vite qu’il va être compliqué pour les nécessiteux de porter une jupe à paillettes.

Je vous l’accorde, on a connu plus réjouissant comme entrée en matière mais, vous commencez à me connaître, je ne suis pas du genre à baisser les bras si facilement. Pour mieux comprendre, il faut parfois poser le cadre, sans quoi on continue de pédaler dans la semoule. Maintenant que c’est fait, on va respirer un bon coup et prendre le temps de décrypter la fabrication de nos vêtements pour proposer des alternatives.

Petit historique de la « mode »

Avant le milieu des années 1970, la mode est réservée à une élite. En réalité, à cette période, il n’y a qu’une seule tendance, celle qui est dictée par l’industrie du luxe. Pour les autres, ceux qui ne peuvent prétendre à ce mode de vie, l’habillement reste synonyme de répétition et de durabilité.

Certains créateurs s’opposent à cette idée et souhaitent rendre accessible « la mode » pour tous. Une enseigne est particulièrement novatrice dans ce sens, il s’agit de la marque Zara. Elle s’inspire des pièces iconiques du luxe pour les décliner à moindre coût. Ce faisant, l’entreprise fait exploser le modèle fast fashion en même temps qu’elle le démocratise. Son créateur, parti de rien, se retrouve petit à petit à la tête d’un véritable empire. Le premier du genre. Désormais, on s’habille par rapport à la tendance mais aussi et surtout en choisissant ce qui nous plait, ce qui nous définit. Et c’est bien ! Il faut donc garder à l’esprit que la fast fashion n’a pas apporté que des problèmes !

Au milieu de ces possibilités infinies de choix, le vêtement aide à projeter vers le monde extérieur une nouvelle image de soi. Conscients de ce nouveau marché prometteur, d’autres tentent leur chance et les enseignes se multiplient. En même temps que les habits prennent de la place dans nos vies, le modèle est poussé à son extrême, vers l’ultra fast-fashion. Celle qui sait produire encore plus vite et toujours moins cher.

 « Où et comment sont confectionnés nos chers vêtements ? La réponse à cette question, nous la connaissons tous. Nous la trouvons lorsque nous découpons les petites étiquettes qui grattent à l’envers de nos coutures »

 Mais alors, comment arrivent-ils à nous faire craquer à chaque fois ?

Bien que l’on soit plus ou moins conscients du désastre environnemental et social que ces enseignes engendrent, qu’on l’entende de plus en plus fréquemment, il faut admettre qu’elles restent la solution de facilité. En réalité, la fast-fashion repose sur un principe simple. Sa stratégie se base sur trois caractéristiques majeures.

La première est le bas prix proposé. L’acheteur ressort du magasin avec un sentiment de satisfaction qui favorise des connexions nerveuses positives. À l’inverse, l’achat d’une pièce de luxe ou « haut de gamme », suscite une réflexion, un sacrifice presque, qui engendre la réaction opposée dans notre cerveau : celle du remord de l’acheteur. Donc, investir dans un beau vêtement, c’est un peu se priver de tous les autres. Et ça, notre esprit drogué à la nouveauté a du mal à le digérer. Face à la possibilité d’avoir plus pour moins cher, puisque qu’il s’agit ici de tout l’enjeu de la société de consommation, nous entrons dans un système de réaction émotionnelle. C’est-à-dire que nous n’agissons plus de façon rationnelle face aux vêtements mais bien avec une sorte de dépendance. Une pulsion.

La question du juste prix

Comment ces enseignes fast fashion peuvent-elles proposer des prix si bas ? Ils sont le fruit de beaucoup de concessions. D’abord sur les matières qui sont de fait, de moins bonne qualité (voire de mauvaise qualité). Ensuite sur les conditions de travail de l’ensemble des membres de la chaine de production(très, très longue) qui résulte d’une sous-traitance en cascade. Mais aussi sur la taille de la production, réalisée massivement pour abaisser les tarifs, peu importe les déchets.

Parfois même, certaines marques relocalisent leur production en Europe (par exemple à Leicester en Angleterre). Si cela peut sembler être une démarche honorable, elle n’a vocation qu’à ramener les conditions de travail du tiers-monde au plus proche pour abaisser les coûts de transport et raccourcir les délais de production. Ainsi, on aperçoit dans un documentaire Arte, une journaliste en caméra cachée acceptant un travail payé 3 euros de l’heure après deux semaines d’essai non rémunérées…

« Investir dans un beau vêtement, c’est un peu se priver de tous les autres. Et ça, notre esprit drogué à la nouveauté a du mal à le digérer »

Le virus de la fast fashion: encore plus puissant que le COVID-19

La seconde caractéristique de la stratégie « fast fashion » renvoie au fait que nous entrons dans un monde compulsif. On veut tout, tout de suite. Et c’est devenu possible… Elle nous inculque le virus de la nouveauté. En produisant de nouvelles collections tous les mois, voire toutes les semaines, contenant des milliers d’articles en stock limités, les marques fast fashion créent un sentiment d’urgence auprès du public.

Puis, lorsque l’on ne désire rien, la stimulation permanente environnante parvient encore à créer un besoin que l’on s’empresse de combler par peur de manquer. Les collections et éditions limitées pousse l’acheteur à craquer immédiatement en procurant une impression de rareté. Il est pris au piège. Dans un mois, il poussera à nouveau la porte de la boutique, la tendance aura changé et il retombera dans le même schéma. Comme une toile d’araignée géante dont il impossible de se détacher. Les soldes sont aussi un élément crucial dans cette structuration. Elles sont même prises en compte dans le prix initial du vêtement. Les événements tels que le Black Friday se multiplient dans le domaine de la fast fashion. Au départ, elles avaient pour simple vocation d’évacuer les invendus. Aujourd’hui, elles sont tellement admises que l’acheteur ne compte presque plus que sur elles pour refaire sa garde-robe annuelle.

La puissance des réseaux sociaux

Enfin, la dernière force de la fast-fashion se trouve dans sa manière d’’aborder le domaine marketing. Elle réoriente le budget non plus sur des publicités « classiques » mais plutôt vers un business en ligne. Ancré dans l’ère des réseaux sociaux. En effet, nous passons en moyenne 2 à 3h par jour sur notre téléphone. Les influenceurs sont devenus un nouveau mode de promotion majeur. Ils parviennent à créer un sentiment de relation personnelle avec leur communauté qui semble plus authentique. Internet, c’est le nouveau centre commercial. On clique, on paye, on a plus besoin de se déplacer. Finalement, il suffisait d’y penser…et de faire une croix sur l’éthique et l’écologie au passage.

« La stimulation permanente environnante parvient encore à créer un besoin que l’on s’empresse de combler par peur de manquer »

Vers une mode plus responsable ?

Face à ce mode de commercialisation, de plus en plus d’entreprises de mode responsable tentent de promouvoir un système plus vertueux pour l’homme et la nature. Pourtant elles restent une minorité. En discutant avec certains de ces créateurs, je me suis rendue compte de l’ampleur des difficultés auxquelles ils sont confrontés chaque jour. Il faut le dire, la « slow fashion » ne fait pas rêver le consommateur. Peu de sociétés acceptent de faire face à l’industrie gigantesque du textile à bas prix. De même, peu de consommateurs conçoivent et peuvent payer le double du prix pour un vêtement qui semble en apparence similaire. On se retrouve donc face ce fameux décalage entre le « ce que je pense et ce que je fais ».

La mode responsable c’est quoi alors ? Ce sont des entreprises qui remettent au centre l’aspect éthique et durable des vêtements. Le premier renvoie au versant humain de toute la chaine de production. Le second, au domaine environnemental. C’est-à-dire au choix des produits utilisés, des matières, à la gestion des déchets, à la revalorisation possible pour la vie future du vêtement, aux emballages. Bref, il ne s’agit pas seulement de réaliser un tee-shirt en coton bio mais bien de s’inscrire dans une démarche globale semée d’embuches. Bien entendu, pour avoir une chance de convaincre le petit public susceptible d’être intéressé, encore faut-il être en mesure d’être transparent sur celle-ci. Donc, savoir où et comment sont fabriqués les vêtements. De l’autre côté, le consommateur doit donc être averti et sensibilisé pour comprendre ce qui joue derrière chacune des étapes. Et ça commence par entrevoir l’immensité de la chaine de production.

« On se retrouve donc face ce fameux décalage entre le : ce que je pense et ce que je fais »

La chaine de production fast fashion – mode responsable :

  1. La production des matières premières

Elle débute par la production des matières premières. C’est-à-dire par le choix des fibres qui constituent la pièce. 26% des vêtements sont faits de coton dont 1 pourcent seulement est biologique. L’industrie du coton, c’est 27 millions de tonnes produits en 2017 par exemple, ¼ des pesticides utilisés dans le monde et la première consommation d’eau devant le riz et le soja. Pour réaliser un seul tee-shirt, 2700 litres sont nécessaires… soit l’équivalent de la consommation d’un français en 17 jours. Un jean en demande 8000 litres.  Bref, le coton engendre un stress hydrique si important que de nombreuses entreprises le remettent en cause, même face aux fibres synthétiques très polluantes.

  1. La transformation des matières en fibres

La deuxième étape de la chaine de production de l’industrie est celle de la transformation des matières premières pour en faire des fibres textiles. Pour les traiter et les assouplir de nombreuses substances chimiques sont nécessaires. Il s’agit du chrome, du mercure ou du cuivre par exemple. C’est justement ces substances qui posent de nombreux problèmes. Car, en réalité, les produits chimiques utilisés dans les pays les plus démunis sont la plupart du temps déversés dans les eaux dont les habitants dépendent. Dans le cadre de l’Union Européenne, le règlement REACH est paru en 2007 (https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM%3Al21282 ). Il a pour objectif de fournir un cadre législatif pour la fabrication et l’utilisation de ces substances. Encore une fois, on devine combien ces initiatives sont louables… mais inutiles si les productions sont délocalisées dans des pays où l’utilisation des produits n’est pas encadrée.

La question des fibres : un enjeu central

Naturelles:

Le choix des matières est donc un enjeu de taille. Il existe trois types de fibres : les naturelles, les artificielles et les synthétiques dont la production a plus que doublé depuis les années 2000 (source CIFRS). Les naturelles sont biodégradables et confortables. Elles peuvent être d’origine végétale comme le lin ou le chanvre (peu consommateur d’eau) ou le coton. Parfois donc, elles peuvent aussi poser problème et ce n’est pas tout de se dire « ok, c’est végétal, génial ! ». Ces matières contiennent aussi des fibres animales, telles que la laine, la soie ou le cachemire. Là encore, on est face à deux nouvelles problématiques… dis donc, il est vraiment compliqué d’y voir clair et surtout, de bien faire !

Artificielles:

Les fibres artificielles sont réalisées à partir de ressources naturelles avec des produits chimiques. La viscose par exemple, est une soie très bon marché. Elle est faite en pulpe de bois et est souvent vendue comme « la » fibre écolo par excellence. Consommant moins d’eau, nécessitant moins de zone cultivable elle présente en apparence des atouts majeurs. Mais, de nombreux produits chimiques sont nécessaires pour transformer le bois en fibre. Ceux-ci provoquent une pollution importante, des intoxications et des maladies chez les ouvriers et les populations environnantes. La société Birla, une des leaders de la production de viscose a d’ailleurs été contrainte de réguler ces dommages par les autorités indiennes. Dans une moindre mesure certes, mais cela montre à quel point les dégâts sont affligeants.

Pour 1 tonne de vêtements, ce sont 200 tonnes d’eau qui sont polluées. Une croissance de 60% est encore attendue dans le secteur. Cela signifie une augmentation de la pollution des eaux d’encore 60% ? Pour autant, les fibres artificielles peuvent aussi offrir de beaux compromis. C’est le cas du lyocell/tencell ou du modal par exemple. En définitive, tout dépend du traitement chimique que subissent les fibres.

Synthétiques:

Enfin, il reste les fibres synthétiques. Celles qui sont réalisées à partir de substances issues du pétrole. Résistantes et faciles d’entretien, elles sont aussi « pratiques » qu’elles n’émettent de CO2, c’est-à-dire beaucoup… Il s’agit par exemple de l’élasthanne, de l’acrylique et de toutes les matières en « poly-quelque chose », (polyester, polyamide etc.). Au-delà du fait que ces fibres contribuent activement à l’épuisement des énergies fossiles et de la production des gaz qu’elles engendrent au moment de leur production, elles sont en plus polluantes pour le reste de leur cycle de vie.

Durant le lavage, elles rejettent des microparticules de plastique qui finissent dans les océans. Elles sont ingérées par des poissons, que nous finissons par consommer. C’est pour cela que souvent, nous entendons certains déclarer que « nous mangeons nos vêtements ». En plus, ces fibres, souvent mélangées, sont très difficiles à recycler et à réutiliser. Bref, une vie très courte et très polluante attend le vêtement en fibre synthétique.

« Pour réaliser un seul tee-shirt, 2700 litres sont nécessaires… soit l’équivalent de la consommation d’un français en 17 jours »

  1. Assemblage/teinture/customisation

Revenons à notre chaine de production. Et oui, on en a fait du chemin depuis le début … et ce n’est pas fini ! Ma chemise en polyester n’a même pas encore pris forme. La troisième étape est justement celle de l’assemblage des fibres et de la teinture. Très souvent, elle se fait à des centaines, voire des milliers de kilomètres du lieu de production des matières premières. Puis, vient l’étape de la customisation du vêtement. La marque vient apposer son logo, retravailler la coupe, finaliser les coutures dans ses ateliers. Tout cela avant de l’envoyer dans sa/ses boutique.s, un peu partout dans le monde.

  1. Et le transport ?

Bref, un jean peut parcourir 65 000 kilomètres entre le lieu de production de sa matière et la mise en magasin. Rien que pour le transport, l’industrie textile émet 1,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. Par exemple, le coton de mon pantalon peut être produit en Ouzbékistan, filé en Inde, teinté au Maroc pour être finalement customisé et vendu en France. Après ce périple, il mérite de ne pas être gardé juste « au cas où » … À ce stade, on peut presque parler d’œuvre d’art !

  1. Le cycle de vie

Et ce n’est pas fini (courage, on y est presque, promis !). Une fois le vêtement en ma possession je vais encore le laver plusieurs fois. Nous avons vu plus haut les dommages causés par les microparticules de plastique qui se détachent des tissus. Et lorsqu’enfin, je me décide à m’en débarrasser, la question de sa revalorisation se pose. S’il est exclusivement en coton par exemple, il est possible de le recycler. En revanche, s’il est constitué de fibres enchevêtrées, la tache est bien plus complexe et mon vêtement risque très certainement de finir incinéré dans une décharge. Avec des produits chimiques, par des enfants sans protection en dégageant au passage encore plus de pollution… Voilà voilà, j’aurais aimé vous raconter une histoire plus « happy end » mais nous ne sommes pas à Disneyland. Dommage.

« Un jean peut parcourir 65 000 kilomètres entre le lieu de production de sa matière et la mise en magasin »

Et donc, on fait quoi pour arranger les choses ?

Maintenant que l’on a tous pris conscience de l’urgence de la situation, on a envie de mieux faire. Du moins de faire un petit effort. Certains retournent à leur penderie et partent à la chasse aux étiquettes pour comprendre la composition de leurs vêtements (dommage elles sont déjà toutes coupées). D’autres font un tour sur internet pour regarder des alternatives plus vertueuses. Alors, comment faire pour consommer mieux ? Car, ce n’est pas tout de le vouloir, il faut aussi savoir comment faire. Voici quelques suggestions.

Apprendre à décrypter 

Le premier point essentiel est d’apprendre à se renseigner (si vous en êtes là, c‘est déjà très bien). Pour ce faire, il existe beaucoup de sites web, de livres ou de vidéos réalisant des décryptages de marques. Je vous conseille notamment le podcast Nouveau Modèle de Chloé Cohen (https://www.nouveaumodelepodcast.com ) ou les vidéos et le livre de Céline, Iznowgood dont voici un exemple (https://www.youtube.com/watch?v=EBF2zZ9GeuM ). Elle a également créé le Générateur de Marqu’Iz qui regroupe de nombreuses marques plus écoresponsables. Un super outil ! La plupart du temps, chez les entreprises voulant bien faire vous trouverez un onglet « à propos », « nos engagements », ou « nos valeurs », détaillant leur démarche pour plus de transparence. Effectivement, lorsque l’on n’a rien à cacher, autant le mettre en avant ! Mais attention au greenwashing.

Quel plaisir de l’achat : immédiat ou durable ?

Le deuxième élément clé est d’acheter « en conscience ». Je ris moi-même de m’entendre dire ça. Étant donné que je vis à 1000km/h au quotidien, la conscience, je vous avoue que ce n’est pas vraiment mon point fort. Disons qu’il s’agit plutôt d’acheter avec raison et non plus sur un coup de tête. Prenez le temps de penser au plaisir durable que vous apportera ce vêtement. En avez-vous besoin ? Pourrez-vous l’associer avec d’autres pièces en votre possession ? Tiendra-t-il dans le temps ? C’est aussi l’occasion d’investir dans de beaux basiques, de revenir vers des pièces intemporelles détachées de la tendance.

L’énigme des étiquettes

Troisième étape : apprenez à lire les étiquettes. Prenez en compte le lieu de fabrication. Il doit obligatoirement être indiqué (attention la mention « fabriqué en France » écrite sur un site web peut simplement indiquer que le logo a été brodé ici, cela n’empêche pas toute la chaine de production de s’être faite ailleurs). Accordez aussi de l’importance à la composition.

Dans ce cadre, les labels peuvent vous être utiles. Je ne vais pas tous les détailler ici (on est repartis pour 10 pages sinon). Pour les détails, je vous renvoie vers l’index de WeDressFair, très bien réalisé (https://www.wedressfair.fr/labels ). À noter que les deux labels les plus communs sont GOTS pour le coton biologique, certifiant le respect des exigences sociales et environnementales de la chaine de production et OEKO-TEX, indiquant l’absence de produits toxiques pour l’homme et la planète. Bien entendu, ils ont un coût pour les entreprises. Certaines petites marques ne peuvent se le permettre. Dès lors, il ne s’agit pas de refuser catégoriquement un vêtement non labélisé. Les extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, n’amènent rien de bon. Le cercle vertueux se trouve souvent dans le compromis.

La deuxième vie

Il est aussi possible d’acheter de seconde main. Les friperies, ces boutiques autrefois ringardes reviennent dans l’ère du temps. On y déniche des pépites à bas prix tout en redonnant une vie à certaines pièces. Bref, tout le monde est gagnant.

Enfin, pensez à trier et donner/vendre vos vêtements pour les faire circuler. Un vêtement laissé dans un placard depuis plusieurs années ne vous sert à rien. Des dizaines d’occasions « au cas où » se sont produites et pourtant, il n’est toujours pas sorti du dressing. Alors, il est peut-être temps de s’en séparer. Vous pouvez aussi réparer les vêtements abimés auxquels vous tenez.

« Les extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, n’amènent rien de bon. Le cercle vertueux se trouve souvent dans le compromis »

Pour finir

Les vêtements sont souvent l’expression de notre identité. Dites-moi ce que vous portez, je vous dirai qui vous êtes. En portant des talons, on se donne de l’assurance. En adoptant un style sportwear, on se sent tout de suite plus cool. Ils contribuent au sentiment d’appartenance, à la sociabilité de l’individu, à l’estime de soi. Bref, nos vêtements, c’est un peu notre histoire. C’est pour ça qu’il est si difficile de passer vers un modèle moins vicieux. Yves Saint Laurent disait « s’habiller est un mode de vie », il avait raison. Mais donc, s’habiller mieux (au sens de manière plus vertueuse, pas de « mode » bien sûr) signifierait tendre vers un mode de vie meilleur ? À nous d’en décider.

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